Greening Digital Companies 2026 : le cloud se dit vert, le réseau l’est moins
Sur 200 entreprises du numérique évaluées par l’UIT, 25 déclarent une électricité 100 % renouvelable, et les émissions comptées sur les contrats sont environ 3 fois plus faibles que celles comptées sur le réseau. Ce que cet écart change pour une PME.

200 entreprises, deux façons de compter leur électricité
Le 2 septembre 2026, l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’agence de l’ONU pour le numérique, et la World Benchmarking Alliance ont publié la cinquième édition de Greening Digital Companies. Le rapport évalue 200 entreprises du numérique, à partir des données qu’elles ont elles-mêmes publiées pour 2024 : 75 opérateurs télécoms, 66 entreprises de logiciels et de services informatiques (dont les services cloud et les centres de données) et 59 fabricants d’électronique. Ces données sont déclaratives, et les auteurs reconnaissent une couverture incomplète. Aucune des 200 n’est une PME.
Nous en retenons le résumé du rapport, page 11 : une même électricité se compte de deux façons, et l’écart va du simple au triple.

Contrats ou réseau : le même courant, deux bilans
La méthode des contrats, dite « market-based », déduit du bilan l’électricité verte que l’entreprise a achetée par certificat ou par contrat d’achat, où qu’elle soit produite. La méthode du réseau, dite « location-based », compte le courant que consomment réellement les serveurs sur le réseau électrique local. Les deux sont légitimes. Elles ne mesurent pas la même chose.
Les entreprises évaluées ont déclaré 301 millions de tonnes d’équivalent CO₂ pour leurs émissions directes et leur électricité comptée sur le réseau. Selon le rapport, comptées sur les contrats, ces émissions ne représentent qu’environ un tiers de ce total. Il en tire la conclusion que les achats contractuels d’électricité renouvelable ne signifient pas que la consommation est fournie par une production bas carbone, à l’heure et à l’endroit où elle a lieu. Une entreprise peut afficher des émissions très faibles sur les contrats et continuer de tirer son courant d’un réseau carboné. Il recommande donc de publier les deux chiffres. 162 entreprises sur 200 publient celui du réseau.
Ces entreprises restent parmi les plus gros acheteurs d’électricité renouvelable, et le rapport reconnaît que leurs contrats ont aidé à financer des parcs de production. Il note en revanche que 25 des 200 seulement déclarent une électricité 100 % renouvelable en 2024.
Six chiffres de l’étude
| Chiffre | Ce qu’il dit | Page |
|---|---|---|
| 301 millions de tonnes | Émissions directes et d’électricité (comptée sur le réseau) déclarées pour 2024, soit 0,8 % des émissions mondiales liées à l’énergie et 1,2 % de plus qu’en 2023 | 7 et 11 |
| 25 sur 200 | Entreprises qui déclarent une électricité 100 % renouvelable | 11 |
| 54 % | Part des 10 plus gros émetteurs dans ce total | 7 et 11 |
| 192 à 239 % | Niveau atteint en 2024, par rapport à 2020, par les émissions opérationnelles de 4 entreprises associées à l’essor de l’IA | 12 et 13 |
| 41 % | Entreprises, soit 81 sur 200, qui ont un plan de transition complet | 14 |
| 48 sur 200 | Entreprises qui publient des mesures pour que leurs fournisseurs réduisent leurs émissions | 14 |
Pour l’IA, le rapport suit 4 entreprises associées à son essor : leurs émissions opérationnelles atteignent 192 à 239 % du niveau de 2020, contre 89 % pour 14 grands opérateurs télécoms. Il n’attribue pas toute cette hausse à l’IA. Nous ne l’étendons pas au secteur.
Ce que cela change pour une PME
La PME est cliente de ces entreprises, pas une des 200. Quand elle renseigne un bilan carbone ou le questionnaire RSE d’un donneur d’ordre, elle reprend souvent l’étiquette « 100 % renouvelable » de son hébergeur ou de son éditeur. Cette étiquette ne dit pas quelle méthode la porte.
Cinq questions à poser à votre hébergeur suffisent à le savoir. Nous les avons établies d’après l’étude :
- Vos émissions baissent-elles en tonnes, ou seulement rapportées à votre activité ?
- Votre électricité renouvelable vient-elle de certificats, de contrats de long terme ou de votre propre production ?
- Quelles sont vos émissions selon les deux méthodes, là où tournent mes données ?
- Vos services d’IA tournent-ils dans vos centres de données, et sur quel réseau électrique ?
- Votre plan de transition est-il publié, et couvre-t-il vos propres fournisseurs ?
À notre avis, un chiffre vert ne vaut que par la méthode qui l’accompagne. Un hébergeur qui répond par les deux chiffres, contrats et réseau, répond déjà à la troisième question.
Le poste que la PME pilote seule
Les centres de données ne se pilotent qu’à travers les fournisseurs, d’où les questions ci-dessus. Ils pèsent pourtant 46 % de l’empreinte du numérique, presque autant que les terminaux. Voici la répartition selon l’Arcep, dans Pour un numérique soutenable, édition 2026 (mai 2026). Elle reprend les données 2022 de l’étude ADEME et Arcep, mise à jour en janvier 2025. L’empreinte carbone du numérique en France se répartit ainsi : 50 % pour les terminaux, 46 % pour les centres de données et 4,4 % pour les réseaux et les box. La part des centres de données compte ceux qui sont situés à l’étranger et utilisés pour des usages en France.

La grande majorité de ces émissions a lieu dès la fabrication de l’équipement. La différence tient au pouvoir de décision : la PME choisit quand elle renouvelle ses ordinateurs et ses téléphones, alors qu’elle ne choisit pas la source d’électricité de ses serveurs. Le Baromètre France Num 2026 montre où en sont les TPE et les PME sur leurs autres chantiers numériques.
Trois actions avant la fin de 2026
- Envoyer les 5 questions à votre hébergeur : sans ses réponses, l’action suivante reste vide.
- Reporter les réponses dans les questionnaires RSE de vos donneurs d’ordre : c’est là que vos achats numériques comptent.
- Repousser d’1 an le prochain renouvellement d’ordinateurs et de téléphones : un appareil gardé, c’est une fabrication évitée.
Pour cadrer les deux premières avec votre hébergeur et vos donneurs d’ordre, écrivez-nous.