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Intelligence artificielle

Le marketing du « PC IA » : pourquoi votre ordinateur n'est pas (encore) obsolète

NPU, TOPS, label Copilot+, Apple Silicon, Chromebook Plus : ce que recouvre vraiment l'étiquette « PC IA », et ce qui compte au moment de choisir son prochain ordinateur.

Scène de boxe sur un ring éclairé : deux ordinateurs portables gantés de rouge s'affrontent, l'un affichant le logo Windows et Copilot+, l'autre le logo Apple, tandis qu'une tablette portant le logo Google, en tenue d'arbitre, les sépare les bras écartés.
Image générée par IA.

Une promesse difficile à lire

Je me suis récemment interrogé sur la pertinence de changer d'ordinateur pour mieux profiter des dernières innovations, et notamment tester diverses applications d'IA dans le meilleur environnement. Vous êtes sans doute comme moi à voir fleurir depuis plus d'un an des offres d'ordinateurs dits « PC IA », sans comprendre réellement la promesse affichée. On voit d'ailleurs soit des PC sous Windows, pour lesquels Microsoft a créé le label « Copilot+ », soit des Mac, pour lesquels Apple se contente de préciser la génération de ses puces (M3, M4, M5...), et c'est là que se trouve la différence fondamentale entre ces machines et les modèles traditionnels.

Le troisième composant

Un ordinateur compte habituellement 2 composants majeurs pour les tâches de calcul : le CPU (Central Processing Unit), le processeur, qui gère tout le système, de Windows à l'ouverture d'Excel, et le GPU (Graphics Processing Unit), cœur de la carte graphique, qui gère l'affichage 3D, les jeux et le montage vidéo, et qui est généralement celui qui vide votre batterie. Les PC dits « de gamers » associent un gros CPU et un gros GPU, par exemple une carte Nvidia RTX 4090 : ils sont largement capables de traiter n'importe quelle tâche d'IA, mais dès qu'on en lance une, la carte graphique s'active, les ventilateurs s'emballent et la batterie se vide rapidement.

Les PC dits IA ajoutent un composant, le NPU (Neural Processing Unit), une puce dédiée aux calculs d'IA, c'est-à-dire aux calculs sur des matrices. Imaginez que vous deviez traduire un document :

  • le CPU peut le faire, mais il est déjà très occupé par ailleurs ;
  • le GPU peut le faire très vite, mais il puise beaucoup d'énergie pour une tâche qui ne demande pas forcément de puissance ;
  • le NPU est un traducteur spécialisé, qui s'en charge calmement, sans effort et sans vider la batterie.

Apple, en retard sur le logiciel, en avance sur le matériel

J'ai évoqué dans un précédent article le retard pris par Apple en matière d'intelligence artificielle sur le plan logiciel. Sur le matériel, c'est tout le contraire : Apple propose des terminaux optimisés pour l'IA depuis plusieurs années, parce qu'il y intègre depuis 2020 des processeurs maison qui embarquent nativement un NPU, le « Neural Engine ». L'architecture Apple Silicon, qui a signé la fin du partenariat avec Intel, repose sur des puces M1, M2 et suivantes conçues comme des SoC (System on a Chip), des composants tout-en-un : le NPU y est intégré au processeur, à la carte graphique et à la mémoire vive, le tout soudé sur un unique composant physique, quand chaque élément d'un PC est indépendant et doit pouvoir fonctionner avec des pièces de fournisseurs différents.

Cette architecture présente plusieurs avantages :

  • la vitesse, la proximité des composants et la mémoire unifiée éliminant les temps d'attente ;
  • l'efficacité énergétique, puisque moins de distance parcourue par les électrons, c'est moins de chauffe et plus d'autonomie ;
  • le silence, les ventilateurs tournant rarement, voire jamais sur les MacBook Air.

Les TOPS, nouveau cheval-vapeur de l'informatique

Pour distinguer un PC affiché « IA » à des fins purement marketing d'une machine dotée de réelles capacités, l'unité à connaître est le TOPS (Trillions of Operations Per Second), la vitesse de calcul du NPU : plus le chiffre est élevé, plus le NPU traite rapidement ce type de calculs. Microsoft a imposé une ligne de démarcation très claire, la barre des 40 TOPS. Les premiers PC IA, sortis fin 2023 et début 2024, tournaient à 10 ou 15 TOPS, suffisants pour de petites tâches mais incapables de faire tourner Copilot en local ; la génération apparue depuis mi-2024 se situe plutôt entre 40 et 55 TOPS, ce qui lui ouvre le label officiel « Copilot+ PC » et les fonctions avancées de Windows.

Le piège marketing tient à la distinction entre TOPS système et TOPS du NPU, astuce préférée des fabricants pour gonfler les chiffres. Une fiche annonçant « puissance IA totale : 100 TOPS » additionne le processeur, la carte graphique et le NPU, alors que ce qui compte pour un portable efficace sur l'IA est la puissance du NPU seul : un PC de joueur affiche peut-être 300 TOPS grâce à sa carte graphique, mais avec un NPU médiocre il fera de l'IA en vidant sa batterie en 1 heure.

Chez Apple, la puce M4 est passée à 38 TOPS, contre 18 pour la M3, et la M5 annonce des performances plus de 4 fois supérieures à celles de la M4. Il ne faut pas pour autant délaisser les MacBook équipés d'une M3 qui ne font « que » 18 TOPS (soit tout de même 18 000 milliards d'opérations par seconde) : grâce aux bénéfices de leur architecture, ils sont souvent plus efficaces que des PC dotés d'un NPU à 40 TOPS.

Ce que le NPU fait déjà sans qu'on le voie

Quand on parle de tâches d'IA, on ne parle pas forcément de ChatGPT, Gemini ou Claude : beaucoup de tâches ordinaires, que l'on effectue parfois sans le savoir, peuvent s'appuyer sur le NPU. En visioconférence, c'est le floutage de l'arrière-plan (souvent inesthétique, à mon humble avis), qui demande beaucoup de calcul en temps réel ; le cadrage automatique et la suppression des bruits de fond ; ou le maintien du contact visuel, fonction subtile et bluffante qui redessine vos pupilles pour donner l'impression que vous regardez la caméra pendant que vous lisez vos notes, et qui est gérée par le système d'exploitation plutôt que par Teams ou Zoom.

D'autres usages discrets en relèvent aussi :

  • la confidentialité, certains PC professionnels, chez Lenovo ou HP par exemple, pouvant flouter l'écran ou vous alerter quand le NPU détecte une seconde paire d'yeux par-dessus votre épaule ;
  • la retouche photo, un clic suffisant dans Paint ou Photos pour détourer une image ;
  • l'accessibilité, avec la fonction Live Captions de Windows, qui sous-titre en temps réel tout son sortant du PC (vidéo YouTube, podcast, réunion Teams...) grâce à une transcription entièrement locale.

L'intérêt principal du NPU n'est donc pas de rendre le PC plus intelligent, mais de réduire fortement sa consommation d'énergie. Pour jouer ou faire du montage lourd, un PC doté d'une grosse carte graphique restera bien plus performant qu'un portable « IA », d'autant que ces cartes intègrent désormais leurs propres cœurs dédiés à l'IA, les Tensor Cores chez Nvidia par exemple.

Le Chromebook, l'autre voie

Microsoft et Apple dominent encore nettement le marché, mais un troisième type d'ordinateur s'est popularisé ces dernières années, le Chromebook de Google. Là où Microsoft et Apple misent sur le matériel, les logiciels installés, les grands disques et les écrans 4K, Google a choisi une approche centrée sur le cloud : des machines légères, moyennement puissantes, avec des écrans Full HD basiques, un système allégé et peu de stockage. L'ordinateur y est un terminal d'accès à l'écosystème Google, les usages se font presque tous en ligne, et l'expérience reste très fluide malgré une puissance limitée sur le papier.

Il faut toutefois en accepter les contraintes : aucune installation de logiciel ou de jeu, Office n'étant utilisable qu'en ligne ; aucun pilote à installer, en espérant que votre imprimante soit reconnue ; et 64 ou 128 Go de stockage seulement, qui imposent de travailler sur des fichiers en ligne, dans Google Drive, Docs ou Sheets, ce qui l'exclut si vous travaillez souvent dans le TGV ou en avion.

Avec le développement de l'IA, Google a opéré un virage important avec sa gamme Chromebook Plus. Là où Windows impose un NPU très récent pour son label Copilot+, Google impose une fiche technique minimale, au moins 8 Go de mémoire vive et un processeur récent ; les modèles les plus récents embarquent des processeurs Intel Core Ultra, dotés eux aussi d'un NPU, et cochent donc les mêmes cases que les PC Windows IA. L'IA y est profondément intégrée au système, et souvent gratuite là où d'autres font payer un abonnement : gomme et retouche magiques de Google Photos qui fonctionnent en local, aide à la rédaction disponible partout dans le système pour résumer ou réécrire un texte avec Gemini, floutage d'arrière-plan, éclairage studio et réduction de bruit sur Google Meet ou Zoom.

Quand un Mac ou un PC Copilot+ cherchent à tout faire tourner en local, pour la confidentialité ou la vitesse, le Chromebook confie les petites tâches à son NPU et envoie les grosses requêtes vers les supercalculateurs de Google. Il n'a donc pas besoin d'être une machine de guerre pour offrir des fonctions d'IA générative très avancées, pour une fraction du prix d'un PC Windows « optimisé IA ».

Pourquoi faire tourner l'IA en local

Si le cloud existe et que les connexions sont de plus en plus rapides, pourquoi faire de l'IA en local ? ChatGPT, Midjourney ou Gemini tournent bien sur des supercalculateurs distants, mais l'industrie cherche à basculer vers un modèle hybride, l'IA sur l'appareil, pour 4 raisons :

  • la confidentialité, premier argument pour les entreprises, qui ne veulent pas que des documents confidentiels ou des données financières partent sur les serveurs de Microsoft ou d'OpenAI ;
  • la latence, l'aller-retour vers un serveur créant un délai que la traduction en temps réel ou la génération de voix supportent mal ;
  • le coût énergétique, faire tourner des millions de requêtes sur des serveurs consommant énormément d'énergie et d'eau, que le calcul déporté sur la machine de l'utilisateur retire de la facture des fournisseurs ;
  • le mode hors-ligne, pour utiliser un assistant dans un avion ou une zone sans réseau.

L'industrie prépare d'ailleurs l'arrivée de petits modèles de langage, les SLM, qui tourneront entièrement sur votre ordinateur pour remplacer les fonctions de recherche et d'assistance actuelles. C'est peut-être l'argument qui vous donnera envie, comme à moi, de changer d'ordinateur dans les prochains mois.

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Alexandre Vannier

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