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Expérience utilisateur

Mobile first : du premier iPhone au pliable, partir de l’écran reste une erreur

Chaque nouveau format d’écran, de la tablette au premier iPhone pliable, a été présenté comme un usage nouveau, quand il était d’abord une contrainte de conception de plus. La question de départ ne change pas : quels services l’utilisateur attend, quels messages la marque veut lui délivrer, et seulement ensuite sur quel écran les lui proposer.

Pile de smartphones et de tablettes posés à plat les uns sur les autres et vus de profil, du plus petit en haut au plus grand en bas, boîtiers blancs et noirs alternés, sur un fond uni rose.
Photo de Hal Gatewood / Unsplash

En 2007, un collègue m’avait rapporté de New York mon premier iPhone, qui n’était pas encore vendu en France. La critique qu’on en faisait le plus souvent était qu’il ne savait pas envoyer de MMS, quand ce n’était pas l’absence de clavier rétractable ou de stylet ; le téléphone des cadres, à l’époque, c’était le BlackBerry.

Le pliable, dernier format en date

19 ans plus tard, Apple a mis en vente le 23 octobre 2026 l’iPhone Duo, son premier iPhone pliable, à partir de 2 339 €. Ses 2 écrans, de 5,4 pouces fermé et de 7,6 pouces ouvert, ont le même rapport largeur-hauteur, et les applications se réorganisent quand on le déplie. Un responsable de boutique me disait à la mi-octobre qu’il se vendait déjà très bien (une anecdote, pas une mesure), alors que les pliables ne représentaient encore que 2,5 % des smartphones livrés dans le monde au troisième trimestre 2025, un record trimestriel selon Counterpoint Research.

Chaque format a obligé à repenser les sites

Entre les deux, chaque format a obligé à repenser l’expérience utilisateur : la tablette quelques années après le premier iPhone, puis le mobile qui passe devant l’ordinateur dans le trafic des sites. StatCounter l’a relevé pour la première fois en octobre 2016, mobiles et tablettes comptant alors pour 51,3 % de la navigation mondiale. Des boutiques en ligne entières ont dû être reconçues pour un écran tenu d’une main.

Dans les mêmes années, les clients ont commencé à exiger du « mobile first » dans leurs cahiers des charges, et j’ai mené plusieurs projets sous cette consigne. En 2015, quand j’ai accompagné une grande marque de cosmétique dans la refonte de son écosystème digital, la question du terminal était au cœur des arbitrages.

Ce que je reprochais déjà au mobile first en 2017

J’ai pourtant toujours pensé que partir de l’écran était une erreur, et je l’écrivais dans une tribune publiée en septembre 2017, « Mobile-first : solution ou traquenard ? ». Le postulat reposait presque uniquement sur une donnée, le nombre de visites depuis un smartphone. Il laissait de côté le temps passé, une visite sur ordinateur pouvant durer autant que 2 ou 3 visites sur mobile, et un taux de transformation nettement plus faible sur mobile, que la plupart des e-commerçants constataient.

La méthode avait aussi des effets de bord, que cette tribune détaillait :

  • sur mobile, les blocs d’une page s’enchaînent les uns sous les autres : on décide de leur ordre, sans réfléchir à la façon dont ils cohabiteront sur un grand écran, où plusieurs sont visibles sans faire défiler ;
  • le menu caché derrière une icône dispensait de penser l’organisation des contenus, quand une arborescence adaptée au mobile tiendrait plutôt en 3 ou 4 entrées visibles d’emblée ;
  • la maquette mobile se dessinait sur une seule largeur, 320 puis 375 pixels, et une liste de produits sur 2 colonnes qui tenait sur l’une ne tenait pas forcément sur l’autre ;
  • la version pour grand écran se contentait souvent d’empiler les blocs conçus pour un écran 10 fois plus petit (c’est techniquement plus simple, mais assez pauvre pour l’utilisateur).

Partir des services, puis choisir l’écran

On a présenté chaque format comme un usage nouveau, quand il était d’abord une contrainte de conception de plus. Ce qui ne bouge pas, c’est la question de départ : quels services l’utilisateur attend, quels messages la marque veut lui délivrer, et seulement ensuite sur quel écran les lui proposer. La réponse varie d’une page à l’autre. Une fonction d’usage rapide peut se concevoir directement sur mobile, quand une page dont le récit et l’interactivité font l’intérêt se conçoit d’abord pour le grand écran.

Le pliable pose la même question avec un écran de plus. Qu’Apple ait donné le même format à ses 2 écrans règle la continuité de l’affichage, mais ne dit pas ce qu’une page doit montrer de plus quand l’écran s’ouvre. L’écran sur lequel une maquette est validée compte d’ailleurs autant que celui pour lequel elle est conçue, comme nous l’écrivions à propos de la lisibilité des sites pour les presbytes.

Remettre à plat l’arborescence et les gabarits d’un site avant d’en choisir les écrans relève de notre expertise en expérience utilisateur, et nous pouvons en discuter si votre refonte en est à ce stade. Sur LinkedIn, la discussion se poursuit autour d’une question : qui, dans votre organisation, tranche aujourd’hui le choix de l’écran pour lequel on conçoit en premier ?

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