Presbytie : la lisibilité d’un site se décide dès la maquette
Sans ses lunettes, un presbyte voit les photos d’un site rester nettes et ses textes se brouiller. La presbytie touchera 2,1 milliards de personnes en 2030, et la lisibilité d’un site se décide le plus souvent à la validation de la maquette, sur un grand écran et par des yeux reposés.

Sur cette page, les photos restent nettes et seuls les textes se brouillent : c’est à peu près ainsi que je lis aujourd’hui un site d’actualité quand mes lunettes sont restées sur le bureau. J’ai longtemps eu une excellente vue, mais je porte depuis 4 ans des lunettes pour la presbytie.
Le mode lecture, faute de mieux
Sans elles, la lecture sur écran est devenue nettement plus laborieuse : beaucoup de textes sont trop petits, trop pâles, posés en gris clair sur fond blanc. J’ai donc pris l’habitude d’activer le mode lecture du navigateur (la « lecture zen », selon le navigateur), qui a de surcroît le mérite de masquer les publicités. Le geste est simple quand on sait où se trouve le bouton. Il supprime en revanche toute la mise en page, et avec elle l’expérience que le site avait conçue pour son lecteur.
Je suis aussi malentendant et appareillé depuis le lycée. Au quotidien ce handicap me gêne peu : les appareils font l’essentiel du travail, les casques apportent un vrai plus en visioconférence, et les sous-titres restent très utiles en anglais, quand un accent ou un débit rapide me demande plus d’attention. Des deux, c’est donc la presbytie, banale et sans statut, qui me complique le plus l’usage des écrans.
Une gêne qui concerne 1 personne sur 4
Les chiffres vont dans le même sens. Un rapport international publié en 2024 dans la revue Contact Lens & Anterior Eye estime que la presbytie touchait 1,8 milliard de personnes en 2015 et en touchera 2,1 milliards en 2030, soit 24 % de la population mondiale. Côté audition, une cohorte française de plus de 186 000 adultes de 18 à 75 ans, publiée en 2022, a mesuré une perte auditive chez 1 adulte sur 4.
Côté sites, le relevé WebAIM de février 2026 sur le million de sites les plus visités trouve un contraste de texte insuffisant sur 83,9 % des pages d’accueil. C’est le premier défaut de la liste, loin devant les images sans texte alternatif (53,1 %), et il progresse : il touchait 79,1 % des pages un an plus tôt.
Ce qui se joue à la validation de la maquette
L’accessibilité est pourtant le plus souvent traitée en fin de projet, comme une conformité due à une minorité, et la directive européenne sur l’accessibilité, dont les obligations s’appliquent depuis le 28 juin 2025, renforce plutôt cette lecture réglementaire. Sur les projets que j’ai pilotés, la taille des caractères et le contraste se décidaient en réalité bien plus tôt, au moment de valider la maquette : sur un grand écran, en pleine lumière, et souvent par des yeux reposés (et jeunes). Une police fine en gris clair passe ce comité sans difficulté. Elle échoue ensuite chez le lecteur qui consulte le site sur son téléphone, dans le train, sans ses lunettes, ou simplement en fin de journée.
Regarder la maquette avec les yeux de ceux qui la liront
Ce qui manque est moins un audit et une réglementation de plus qu’un changement de méthode au moment de concevoir : regarder la maquette dans les conditions réelles de ceux qui vont la lire. Il est d’ailleurs probable qu’une bonne partie des décideurs qui valident un site, comme de ses clients, aient eux-mêmes passé l’âge où l’on lit sans effort un texte de 10 pixels.
Sur selea.pro, nous nous appliquons cette règle ; voici par exemple ce que nous avons mis en place :
- sur un écran de moins de 768 pixels de large, tout texte de 20 pixels ou moins gagne 2 pixels, pour le lecteur qui consulte le site sur son téléphone sans ses lunettes ;
- les champs de formulaire passent ainsi à 16 pixels, seuil sous lequel Safari agrandit la page dès qu’on touche un champ sur iPhone ;
- chaque couleur de texte a été mesurée sur les fonds où elle est posée, et retenue seulement si elle atteint les ratios de contraste du niveau AA ;
- aucun texte n’est pâli par une transparence, qui ferait baisser ce contraste ;
- le contour des champs de formulaire reste visible, avec un contraste d’au moins 3:1 sur son fond ;
- le site se parcourt entièrement au clavier, avec un lien d’accès direct au contenu et un repère de focus visible ;
- les animations s’arrêtent si le visiteur a demandé à son système de les réduire, et une commande permet de les couper depuis la barre de navigation et le pied de page, ou depuis le menu sur téléphone ;
- sur téléphone, le bouton du menu porte le mot « Menu », et pas seulement une icône ;
- chaque podcast est accompagné de sa transcription intégrale, et chaque image qui porte une information a un texte alternatif rédigé.
Le 15 octobre 2026, PageSpeed Insights attribuait à la page d’accueil un score d’accessibilité de 100 sur 100, sur mobile comme sur ordinateur. WAVE, l’outil de WebAIM, qui publie le relevé cité plus haut, lui donnait le même jour 8,9 sur 10 et y relevait 4 erreurs, toutes sur des éléments qu’il ne sait pas évaluer : un décor animé et un grand guillemet, purement décoratifs et masqués aux lecteurs d’écran, puis le mot « Menu » posé sur la vidéo d’ouverture et une date posée sur un dégradé, dont il mesure le contraste sans tenir compte de ce qui se trouve dessous.
Ces deux outils ne portent que sur ce qu’un robot sait vérifier, et ils ne dispensent pas de regarder les pages comme les lira un presbyte, en fin de journée et sans ses lunettes.
Faire relire une maquette ou un site existant dans ces conditions fait partie de notre expertise en expérience utilisateur, et nous pouvons en parler sur votre projet. La question posée sur LinkedIn reste ouverte : sur quels sites activez-vous le mode lecture, ou le zoom, pour pouvoir lire ?